Remis au goût du jour par la série à succès « La chronique des Bridgerton », le corset est devenu en quelques semaines un incontournable de la garde-robe des ados, rapporte le site L’OBS. Dans la maison du baron Featherington, une jeune fille en vert pastel s’agrippe à une chaise et retient son souffle. Sous le regard horrifié de ses deux sœurs, une domestique tire les lacets de son corset. « Serrez plus fort ! » affirme sa mère, « Je réduisais ma taille à celle d’une orange et demie à l’âge de Prudence ! ». La scène, qui ouvre la série à succès diffusée sur Netflix : « La Chronique des Bridgerton », contient en filigrane tout ce qu’une société patriarcale et protocolaire peut offrir de pire. Bouche cousue mais taille marquée, Prudence doit se rendre au bal pour trouver un mari. Point de salut hors mariage dans cette Angleterre du début du XIXe siècle. Et tant pis si ce corset l’étouffe, la génération TikTok, fan de la série, s’est emparée aussi sec de ce sous-vêtement à baleines et cordelettes que l’on croyait d’un autre siècle. Il n’est qu’à parcourir depuis quelques semaines les vidéos mises en ligne sur ce réseau pour mesurer son succès. Pour cintrer une robe, en guise de simple top, porté avec un jean… et même sur un jogging, ce sous-vêtement, pourtant symbole de l’oppression féminine, est partout. La bouche pulpeuse et le cheveu bouclé à la perfection, @morganbcohen, 21 ans et quelque 800 000 abonnés sur TikTok, ondule devant la glace dans une nuisette de satin pourpre, l’air peu convaincu. Quelques déhanchements plus tard, la jeune Américaine enfile un corset ton sur ton dont elle noue savamment les lacets. Taille très marquée, hanches dessinées, poitrine ressortie… la demoiselle est satisfaite. Le post recueille 403 500 likes et quantité de « Trop belle ! » et « Je le veux » enamourés. Marquer la taille, cambrer le dos, remonter la poitrine, bref, fabriquer une silhouette tout en relief… A croire que les critères de beauté contemporains n’ont pas beaucoup évolué depuis la Renaissance, lorsque le corset apparaît en Europe. En fait, si le corset, depuis sa création a pour vocation de redessiner les corps des femmes, chaque période a ses spécificités : « Par exemple, tout au long du XIXe siècle, il y a des périodes où le corset a été porté différemment. Parfois très comprimant - pour atteindre jusqu’à 45 cm de tour de taille ! Parfois plus confortable, seulement pour remonter la poitrine », précise cependant l’historienne Mathilde Larrère. Mais quelque soit sa forme, il relevait d’une convention sociale, d’une injonction à laquelle les femmes de la bourgeoisie devaient se plier pour être acceptées par leurs paires. Certaines féministes de l’époque, comme Flora Tristan ou Madeleine Pelletier ne s’y sont d’ailleurs pas trompées en refusant de le porter. Rappelons aussi qu’un certain nombre de médecins se sont régulièrement opposés au port du corset, accusés d’être dangereux pour la santé car occasionnant des déformations organiques.